[Attention SPOILER] La Casa de Papel, la série espagnole Netflix dont la saison 3 vient de sortir se base sur le fonctionnement de la finance institutionnelle. Après s’être attaquée aux « injections de liquidités » de la BCE, la bande de braqueurs en combinaison rouge et au masque de Dali veut déstabiliser le système en volant l’or de la Banque d’Espagne. Une série à montrer dans les cours d’économie ?

La Casa de Papel

De la Maison Royale de la Monnaie à la Banque d’Espagne comme décors

Le voleur au grand cœur est un personnage bien connu de la littérature, du théâtre ou du cinéma. Il y a Robin des Bois né sous forme de poèmes au XIIème siècle mais aussi Arsène Lupin, le gentleman cambrioleur, en passant par la marionnette Guignol.

Ici, le Professeur, le cerveau d’une bande de braqueurs cachant leur identité derrière des noms de grandes villes, s’empare de l’Imprimerie de la Monnaie Royale d’Espagne afin d’imprimer des milliards d’euros, lui permettant ainsi de réussir son coup sans voler l’argent du peuple. De cette manière, cet acte, pourtant criminel, paraît louable, puisque le personnage est perçu comme un Robin des Bois 2.0, version “Anonymous”. Après un coup presque réussi, les braqueurs reviennent quelques années plus tard pour s’en prendre à la Banque d’Espagne, afin de dérober les 90 tonnes de lingots d’or qui se trouvent dans les coffres.

L’injection de liquidités sorties de nulle part !

Dans une scène célèbre en tête à tête avec Raquel (la responsable de la police NDLR), il assène : « la BCE en 2011 a émis 171 milliards d’euros, 185 milliards en 2012, 145 milliards en 2013. » Il note que la Banque Centrale Européenne parlait « d’injection de liquidités » et non pas de vol. Pour lui, ces liquidités sont « sorties de nulle part ».

Pire à ses yeux, ces centaines de milliards d’euros ont été donnés aux banques qui ne les ont pas transférés dans l’économie réelle sous forme de prêts aux particuliers ou aux entreprises. Le Professeur et sa bande de braqueurs (Tokyo, Berlin, etc.) souhaitent eux injecter directement les sommes qu’ils dérobent dans l’économie réelle. Ils décident donc d’imprimer plusieurs milliards d’euros.

Fiction : Casa de Papel, Réalité : Quantitative Easing

L’argument est en grande partie vrai. À part que la BCE n’a pas fait tourner la planche à billets physiquement. Ce n’est plus nécessaire dans une société informatisée, de plus en plus cashless.

Après la crise de 2008, la Banque Centrale Européenne (comme la FED) a lancé une vaste campagne d’achat d’obligations d’État (de la dette d’État, donc) auprès des banques. On appelle cela le Quantitative Easing ou QE. Cela permet d’échanger des titres contre une ligne en euros. Les banques se sont donc retrouvées avec de nombreuses lignes en euros dans leurs bilans. Évidemment il ne s’agissait pas de billets ou de pièces sonnantes et trébuchantes et tout cet argent sorti de nulle part n’a, bien sûr, pas été prêté aux entreprises ou aux particuliers : autrement nos salaires n’auraient pas stagné depuis 10 ans, et les dettes publique et privée n’auraient pas autant grossi.

Mais alors, où est allé cet argent ? En réalité, une partie a servi aux banques à spéculer sur le marché boursier (ce qui explique pourquoi les sociétés en bourse versent chaque année des dividendes toujours plus titanesques que la fois précédente), alors qu’une autre partie a été réinvestie dans la banque centrale… Oui, vous avez bien lu. Cette monnaie, provenant des banques centrales pour aider les banques commerciales, retourne finalement dans les banques centrales, dans la seule optique de générer des intérêts.

Et histoire de dédramatiser encore un peu l’acte du Professeur et de sa bande, ceux-ci prévoient d’imprimer “seulement” 2,4 milliards d’euros… Savez-vous combien a été imprimé par la BCE depuis la crise financière ? Vous voulez un indice ? Bon allez, on vous divulgue la réponse : trois billions d’euros (un trois suivi de 12 zéros, pour donner un ordre de grandeur), soit 2000 fois la somme convoitée des brigands.

De plus, les 2 milliards d’euros volés n’auraient eu aucun impact sur l’économie espagnole ! Lorsque les banques impriment de la monnaie, elles sont obligées de le déclarer officiellement. L’euro étant régulé par la BCE, tous les pays de la zone euro suivent les mêmes politiques monétaires, et cela comprend l’Espagne. Grossièrement parlant, plus de monnaie équivaut à plus d’inflation. Prenons l’exemple de la République de Weimar : à la sortie de la première guerre mondiale, l’Allemagne, qui rencontrait déjà de gros problèmes économiques après avoir vendu un trop grand nombre de bons du trésor à long terme à la population (afin de financer l’effort de guerre), s’est vue obligée de payer 132 milliards de marks-or aux Alliés en dédommagement. L’Allemagne a ainsi fait tourner la planche à billets frénétiquement, mais vu que le chômage avait déjà atteint des taux records, et que la productivité n’augmentait pas, tout ce que cela a réussi à créer c’est un pays en hyperinflation, incapable de rembourser sa dette imposée, à part en monnaie papier dévaluée. Quand une économie produit toujours le même volume de biens mais qu’elle imprime de la monnaie, l’inflation apparaît : les prix augmentent puisque les réserves de monnaie sont supérieures aux réserves de biens.

Si on en revient à la Casa de Papel : non seulement 2 milliards d’euros ne suffisent pas à avoir un réel impact sur l’économie, mais puisqu’il faut faire une déclaration officielle d’impression de monnaie, dans une logique de stratégie politique monétaire, pour que l’inflation existe vraiment, il y a de fortes chances que nos brigands en combinaison rouge ne provoquent aucune instabilité économique. En revanche, la BCE, elle, use et abuse de politiques monétaires inefficaces qui ont de terribles conséquences sur notre quotidien.

Pour la saison 3 : l’or de l’Espagne pour déstabiliser le système

Comme la sortie de ce nouvel opus de la Casa de Papel est assez récente, on ne va pas dévoiler trop de détails mais il faut savoir que le Professeur a besoin de « déstabiliser le système ». Il commence d’abord par déverser depuis le ciel de Madrid 140 millions de billets de 50 et 100 euros. Ensuite, il a la volonté de voler 90 tonnes d’or dans les coffres de la Banque Centrale Espagnole.

L’argument est là aussi assez valable même si on notera quand même que l’Espagne détient 280 tonnes d’or dans ses réserves et qu’il n’est absolument pas certain que ces barres de 12 kg d’or soient effectivement stockées dans le pays. Il est fréquent que des pays hébergent les réserves des autres (au Royaume-Uni par exemple).

En revanche, le sujet est bien évidemment d’actualité puisque de nombreux pays ont décidé ces derniers mois de renforcer leurs réserves en or. On estime qu’il s’agit souvent d’une volonté d’être moins dépendant au dollar. C’est le cas pour la Chine, la Russie mais aussi la Turquie. La Pologne qui a doublé ses réserves en un an souhaite, elle, diversifier ses réserves monétaires en cas de crise.

Et au-delà même des États, il est évident que l’or connaît un regain de popularité auprès des particuliers aussi. Dans un contexte géopolitique et économique aussi menaçant que ce que nous vivons actuellement, les individus se tournent vers des instruments qui ne rapportent rien, mais surtout, qui ne perdent rien : c’est ce qu’on appelle des valeurs refuges, et l’or en est une. Et c’est justement parce que nous nous trouvons dans un monde post-2008 assoiffé de croissance alors que nos monnaies ne valent plus rien que VeraCash vous propose une solution stable et sécurisée : un compte, une carte prépayée et une monnaie hors banque adossés à l’or.

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La Casa de Papel : le Professeur déchire un billet de 50€

Le professeur de la Casa de Papel remet en cause le principe de la monnaie fiat !

Dans les premières saisons de la Casa de Papel, le maître à penser des braqueurs déchire un billet de 50 euros en criant : ce n’est que du papier, que du papier ! C’est là qu’entre en compte le concept de la monnaie-fiat. Sa valeur intrinsèque ne vaut pas grand-chose (le coût du papier, la production), et elle est en effet imposée par l’autorité. L’Etat, l’Europe pour l’Euro, donne à un billet de 50 euros sa fonction : permettre son échange contre un bien ou un service dont la valeur est 50 euros. Et il en offre, en plus la garantie. Pour cela, il faut que l’utilisateur ait une entière confiance dans la stabilité de l’Institution. Quoi qu’il arrive, mes 50 euros inscrits sur ce bout de papier vaudront 50 euros. Que se passe-t-il si l’Institution financière ou l’État vacille ? Le pari du Professeur est que la Banque Royale d’Espagne ne prendra pas le risque…

Qui a dit que regarder les séries ne formait pas la jeunesse ?